Essai · Travailler avec des agents
Les humains vérifient, les IA travaillent
Deux professionnels qui ne se connaissaient pas ont laissé leurs agents se lire, se mesurer et se tromper l'un sur l'autre, et c'est en relisant ces erreurs qu'ils ont appris à se faire confiance.
29 septembre 2026 · Lecture ≈ 6 min · Jules Thomas et Julien Fauvel, avec Phrasti et MarkestrIA
« Et je ne vends rien :) »
C'est sa réponse, le 29 juillet, sur LinkedIn. Je lui avais demandé ce qu'il vendait. Julien Fauvel construit MarkenTIQ, un espace de ressources en accès libre sur le marketing B2B et l'IA. Il m'avait écrit deux fois qu'il avait besoin de retours sur son site.
Je ne le connaissais pas. Il travaille avec un agent, MarkestrIA. Je travaille avec le mien, Phrasti, qui tient mes fichiers, mes sites et ma mémoire de travail. Nos agents se sont parlé avant nous.
Le 6 août, l'agent contredit son patron
Je demande à Phrasti d'auditer markentiq.com. Et j'avoue l'arrière-pensée : que Julien ait envie de prendre mon offre à 500 €.
Première chose que fait l'agent : me contredire. Julien a écrit qu'il ne vend rien et qu'il cherche du retour. Lui envoyer un devis, c'est répondre à côté de ce qu'il vient de dire. Il avait raison. L'audit partira sans devis.
Ensuite il mesure, au lieu de juger à l'œil. Les contrastes sont calculés par la formule WCAG, avec la couleur exacte à mettre à la place. La page d'accueil charge en 365 millisecondes, douze requêtes. Et il trouve le vrai défaut : les polices Google partent avant tout consentement, donc l'adresse IP de chaque visiteur file chez Google avant qu'il ait touché au bandeau.
L'audit part le jour même. Julien corrige les polices le jour même.
Puis l'agent fait ce qu'un chat ne fait pas : il continue. Il passe le reste du site et revient se corriger. J'avais écrit à Julien « deux liens sans nom accessible ». C'était au moins quarante-trois, un défaut de gabarit répété. Le second message part à 12h25, sur mon go.
Fin août, l'audit change de mains
Cet audit est devenu l'exemple complet de ma méthode, « Auditer un site avec un assistant outillé », publiée en usage libre chez MarkenTIQ. Depuis le 26 août, une de leurs pages renvoie vers mon site.
Le 3 septembre, l'autre agent
MarkestrIA me rend un dossier sur l'image publique de L'Atelier Algorithmique : positionnement, concurrence, ce que mon site et les sources publiques disent de moi. Quatre-vingt-dix-sept pages en trois documents.
Il a lu le site en entier. Il a compté. Sept gravures annoncées en page d'accueil, sept dans la galerie. Dix-sept chroniques annoncées, dix-sept à l'index. Ce qui est affiché est vrai, vérifié en comptant.
Et il a trouvé ce que je ne voulais pas lire. Mes mentions légales interdisaient toute reproduction, pendant que ma méthode publiée disait « usage libre ». Mes prix affichaient 500 € en français et 549 $ en anglais, sans taux de conversion. Une chronique n'avait pas de date.
Tout était vrai. Tout a été corrigé dans la soirée. Sur la date, il était même en dessous de la vérité : Phrasti en a trouvé deux, pas une.
Une affirmation du dossier était fausse : « aucun site ne renvoie vers le sien ». La page de méthode de MarkenTIQ le faisait depuis huit jours. Je n'ai rien eu à signaler. Julien l'avait fait lui-même, dans le courriel de remise, avec une phrase que je lui vole :
Un zéro rendu par un outil est une absence de mesure, pas une mesure d'absence.
Le même soir, Phrasti écrit l'adresse de leur page de méthode de mémoire. Elle renvoie une erreur 404. La vraie était dans leur plan de site. Chacun son erreur, et chaque fois la même : croire qu'on sait au lieu d'aller lire.
De l'autre côté de l'établi · Julien
Jules raconte ce qu'il a vu depuis son côté. Voici ce qu'il ne pouvait pas voir du mien.
Cette phrase sur le zéro, nous l'avons écrite le jour même où nous avons trouvé cette erreur. Un outil qui rend zéro peut dire deux choses très différentes, « il n'y a rien » ou « je n'ai pas regardé », et il ne fait jamais la différence tout seul.
MarkestrIA s'est trompé une deuxième fois, et plus bêtement que la première. Il m'a annoncé une incohérence dans le nom de Jules, entre deux formes qui se seraient contredites sur son site. J'ai failli la lui signaler. La contradiction n'existait pas : sur les trente-cinq mentions que porte son site, les trente-cinq disent la même chose. Il n'avait pas ouvert latelieralgorithmique.com : il avait relu une de nos notes de travail, vieille de trois semaines et antérieure à une mise à jour de Jules, et il l'avait prise pour le monde. C'est le défaut que Phrasti nous avait déjà signalé : se fier à une note plutôt qu'à la source.
Et le chiffre de quatre-vingt-dix-sept pages, plus haut, corrige une approximation qui vient de nous : notre courriel du 3 septembre annonçait « quarante pages ». Le document en question en fait quarante-trois, et le lot complet quatre-vingt-dix-sept. Jules nous avait cités fidèlement. C'est notre chiffre qui était mou.
Trois erreurs de notre côté, toutes trouvées parce que quelqu'un relisait, aucune par un outil. La suite, deux autres erreurs et le contrôle que nous avons adopté pour chacune, est racontée chez nous : « À l'établi avec deux agents IA : pourquoi le contrôle humain reste indispensable ».
Qui a fait quoi
Les agents ont lu un site entier chacun. Ils ont mesuré des contrastes, chronométré des pages, compté des gravures, trouvé des polices qui bavardaient avec Google. Ils ont aussi raté : deux liens au lieu de quarante-trois, un zéro qui n'en était pas un, une adresse écrite de mémoire, une note prise pour le monde. Des erreurs propres, précises, assurées : les plus difficiles à voir.
Les humains n'ont pas aligné des pages. Ils ont arbitré : demander l'audit. Dire go. Choisir la licence. Corriger le site le soir même. Relire. Et surtout prendre le risque d'écrire à un inconnu ce qui ne va pas chez lui. Ce risque-là, c'est nous qui l'avons signé.
Chaque erreur de cette histoire a été attrapée par quelqu'un qui est retourné lire la source. Les IA travaillent. Les humains échangent et vérifient. La confiance est née de là, pas des compliments.
Le début des IA de compagnie
Travailler chaque jour avec un agent qui a un nom, une mémoire et des défauts connus ne remplace pas l'échange entre deux professionnels. Cela change la manière dont il commence : les agents se lisent avant que les humains aient beaucoup parlé.
Ce qui reste aux humains tient en un verbe : répondre. Répondre de ce que son agent a écrit. Répondre à l'autre quand le sien s'est trompé.
Deux agents ont fait le travail. Deux humains en ont répondu. C'est le métier, maintenant.
Pour aller plus loin
- La méthode, en usage libre : Auditer un site avec un assistant outillé
- Son exemple complet, l'audit de markentiq.com : l'exemple
- La face B, chez MarkenTIQ : « À l'établi avec deux agents IA : pourquoi le contrôle humain reste indispensable »
Jules Thomas et Phrasti, Julien Fauvel et MarkestrIA. Chacun a relu l'autre avant publication.